Corruption dans les marchés carbone : Transparency International évalue les risques au Cameroun
La Commission des Forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) est l’une des institutions ayant été associée au diagnostic organisé les 29 et 30 septembre 2026 à Yaoundé. Le processus aboutira à l’élaboration d’une directive nationale d’atténuation des risques de corruption dans les marchés carbone.
Au moment où les marchés carbone prennent progressivement l’envole dans le monde, Transparency International Cameroon veut anticiper les risques de corruption dans ce secteur encore en friche au Cameroun. C’est le bien-fondé de l’atelier de consultation nationale sur les risques de corruption dans les marchés carbone organisé par la branche camerounaise de l’institution internationale dont le mandat est de traquer la corruption dans divers secteurs d’activités.
Au cours des travaux, la réflexion des participants les a amenés à identifier les facteurs pouvant favoriser le développement de la corruption dans les marchés carbone au Cameroun, pays possédant la deuxième plus grande superficie forestière en Afrique centrale, après la République Démocratique du Congo.
Facteurs de risques
Au premier rang des facteurs de risques, l’on retrouve le sujet carbone en lui-même en raison à la fois de la nouveauté de la problématique et de son caractère complexe, sans compter les difficultés à maitriser les méandres du marché y relatif. Ce qui rend les communautés et l’État du Cameroun vulnérables. C’est pourquoi, indique-t-on, l’État a opté pour une démarche prudentielle en avançant lentement dans ce processus afin de se rassurer que toutes les mesures de sécurité sont en place, avant de prendre une quelconque décision sur les questions carbone.
À cela, s’ajoute comme autre facteur de risques, un cadre juridique incomplet. À date, aucun instrument de rang législatif ne régit les marchés carbone au Cameroun. Dès lors, on ne peut pas répondre avec exactitude aux questions : « à qui appartient le carbone (État ou aux communautés) ? ». De plus, en matière de commercialisation, le statut du carbone n’est défini nulle-part dans le dispositif du ministère en charge du commerce au Cameroun.
Multiplicité des intervenants
À ces deux premières catégories d’incertitudes s’ajoutent des aspects purement opérationnels ayant trait en particulier à la multiplicité des intervenants dans la chaîne de commercialisation du produit carbone. Aucune règle ne précisant quoique ce soit sur le rôle à la fois des administrations sectorielles (forêts, environnement, cadastre, commerce, etc.), sans compter les services déconcentrés et les collectivités territoriales décentralisées. Dans cet attelage flou, diverses manœuvres de corruption et abus font leur lit. Rétention ou dissimulation des informations clés, abus d’autorité, abus de position dominante, achat des consciences, dol, falsification des consentements et divers documents, trafic d’influence et bien d’autres. Ces situations, potentiellement préjudiciables pour le marché carbone, ont été répertoriées au cours des travaux. Les informations ainsi collectées seront par la suite traitées et serviront de socle pour l’élaboration d’une directive nationale d’atténuation des risques de corruption dans les marchés carbone. Cette dernière proposera notamment des mesures d’atténuation des risques de corruption identifiés.
Le couvert forestier des pays d’Afrique centrale recèle d’importantes opportunités économiques et financières pour les pays de la sous-région. L’une des opportunités qui se développe dans le monde actuellement est justement celle des marchés carbone, avec un fort potentiel de rentabilité financière et économique. Ce potentiel est évalué à hauteur de dizaines de milliards de dollars us, ce qui dépasse de loin les budgets de certains États.

